Vous souhaitez organiser le départ d’un associé ou sortir du capital d’une SARL, mais les associés restants ne disposent pas des liquidités personnelles nécessaires pour racheter les parts ? Le rachat des parts par la société elle-même est la solution juridique souvent méconnue qui permet de contourner ce blocage.
Contrairement à une cession classique entre personnes, cette opération technique s’apparente juridiquement à une réduction de capital non motivée par des pertes. Ce mécanisme puissant permet d’utiliser la trésorerie de l’entreprise pour désintéresser un associé sortant. Découvrez la procédure pas à pas, les pièges de la valorisation et la fiscalité avantageuse de ce montage en 2026.
En bref :
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Le rachat de parts par la société est juridiquement une réduction de capital non motivée par des pertes, suivie d’une annulation des titres.
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Ce mécanisme permet aux associés restants d’augmenter leur contrôle (relution) en utilisant la trésorerie de l’entreprise au lieu de leurs fonds personnels.
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La procédure impose une Assemblée Générale Extraordinaire (AGE), le respect du délai d’opposition des créanciers et la mise à jour des statuts.
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Fiscalement, l’associé sortant est imposé sur la plus-value (Flat Tax de 30% ou barème progressif avec abattements pour durée de détention).
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Il est impératif de faire valider le prix de rachat par un expert pour éviter tout risque fiscal ou pénal.
Rachat par la société vs Cession classique : quelle différence ?
Avant d’entamer la moindre démarche, les experts juridiques d’Ares Conseil rappellent qu’il est important de ne pas confondre les termes. L’intention de « vendre ses parts » peut se traduire par deux montages juridiques radicalement différents. Cette distinction est fondamentale car elle change l’identité du payeur et la fiscalité applicable.
Dans une cession de parts sociales classique, un associé vend ses titres à un autre associé ou à un tiers. L’argent sort de la poche de l’acheteur (personne physique ou holding). Le nombre total de parts dans la société reste identique, elles changent simplement de propriétaire.
À l’inverse, lors d’un rachat par la société, c’est la personne morale (la SARL) qui achète les titres en utilisant ses réserves ou sa trésorerie disponible. Or, une société ne peut pas détenir ses propres parts durablement. Elle doit donc obligatoirement les détruire : c’est l’annulation des titres. Cette opération entraîne mécaniquement une baisse du capital social.
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Critère |
Cession de parts classique |
Rachat par la société (Réduction de capital) |
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Qui finance l’opération ? |
L’acquéreur (associé ou tiers) sur ses fonds propres. |
La Société via sa trésorerie ou ses réserves. |
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Devenir des parts |
Transférées (changement de propriétaire). |
Annulées (détruites définitivement). |
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Impact sur le Capital Social |
Aucun (Capital stable). |
Le capital social diminue. |
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Conséquence pour les associés restants |
Leur % augmente uniquement s’ils achètent. |
Leur % augmente automatiquement et proportionnellement (relution). |
La procédure juridique du rachat de parts par la société (Pas à pas)
Le rachat de parts en vue de leur annulation touche au cœur financier de l’entreprise : le capital social. Pour protéger les tiers et les créanciers, le Code de commerce impose un formalisme strict. Voici les 4 étapes à respecter scrupuleusement.

1. La consultation des associés en AGE
Le gérant ne peut décider seul de ce rachat. Il doit convoquer une Assemblée Générale Extraordinaire (AGE). Pourquoi « Extraordinaire » ? Parce que l’opération implique une modification des statuts.
Le gérant doit présenter un rapport expliquant les raisons et les conditions du rachat (notamment le prix). La résolution doit être votée selon les règles de majorité qualifiée (généralement 2/3 ou 3/4 des parts selon la date de création de la SARL). Le procès-verbal (PV) de l’assemblée doit explicitement autoriser le gérant à racheter un nombre défini de parts sociales à un prix fixe.
Conseil d’expert : Il est recommandé de prévoir dans la résolution que la réduction de capital ne sera définitive qu’après l’expiration du délai d’opposition des créanciers.
2. Le rachat et l’annulation des titres
Une fois le feu vert des associés obtenu, la société procède au rachat. Concrètement, elle verse le prix de cession à l’associé sortant. Attention : ce rachat n’est possible que si la société dispose de réserves distribuables suffisantes. On ne peut pas utiliser le capital social initial pour racheter les parts.
Dès que la société est propriétaire des parts, elle doit procéder à leur annulation (généralement dans le mois qui suit). Comptablement, les titres disparaissent et le capital social est réduit d’autant.
3. Le délai d’opposition des créanciers
C’est l’étape la plus souvent négligée, source de nombreux contentieux. Le capital social constitue le « gage des créanciers ». En le réduisant pour rendre de l’argent à un associé, vous affaiblissez théoriquement leur garantie.
La loi accorde donc aux créanciers un droit d’opposition. À compter du dépôt du procès-verbal au Greffe, un délai (généralement 20 jours pour les SARL) s’ouvre. Durant cette période, les créanciers peuvent saisir le tribunal de commerce s’ils estiment que l’opération met en péril le recouvrement de leurs créances. En pratique, si la société est saine, les oppositions sont rares, mais le délai doit être purgé pour sécuriser l’opération.
4. La modification des statuts et formalités
Une fois le rachat acté et le délai purgé, le gérant doit officialiser la nouvelle structure de l’entreprise :
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Mise à jour des statuts (nouvelle répartition des parts et nouveau montant du capital).
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Enregistrement du PV d’AGE au Service des Impôts des Entreprises (SIE).
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Publication d’un avis de modification dans un Journal d’Annonces Légales (JAL) pour informer les tiers.
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Dépôt du dossier final (Formulaire M2, statuts, PV, attestation JAL) au Greffe du Tribunal de Commerce pour obtenir un Kbis à jour.
Fiscalité du rachat de parts sociales par la société
Longtemps pénalisante, la fiscalité de ce montage a été harmonisée. Depuis 2015, le rachat de titres par la société est traité selon le régime des plus-values de cession de valeurs mobilières (PVMP), et non plus comme une distribution de dividendes.
Fiscalité pour l’associé vendeur (Cédant)
L’associé sortant est imposé uniquement sur sa plus-value (la différence entre le prix de rachat et son prix d’acquisition initial). Il dispose de deux options fiscales lors de sa déclaration de revenus :
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Le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) ou « Flat Tax » : C’est l’option par défaut et souvent la plus lisible. La plus-value subit une taxation globale de 30% (12,8% d’impôt sur le revenu + 17,2% de prélèvements sociaux).
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Le barème progressif de l’Impôt sur le Revenu : Si l’associé est non imposable ou dans une tranche basse, il peut opter pour l’intégration au revenu global.
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Si les titres ont été acquis avant le 1er janvier 2018, il peut bénéficier d’un abattement pour durée de détention (50% entre 2 et 8 ans, 65% au-delà de 8 ans).
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Note importante : Les prélèvements sociaux (17,2%) restent dus sur la totalité de la plus-value, avant abattement.
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Fiscalité pour la société et les associés restants
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Pour la société (Personne Morale) : L’acte de réduction de capital doit être enregistré. Cela génère un droit fixe d’enregistrement (généralement 125 €) au Trésor Public.
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Pour les associés restants : C’est l’atout stratégique majeur. Ils n’ont rien déboursé personnellement, mais détiennent désormais 100% (ou une quote-part accrue) d’une société au capital réduit. On parle d’effet relutif. Ils ne subissent aucune fiscalité immédiate lors de cette opération (pas d’impôt sur cette augmentation de pourcentage).
Pourquoi choisir le rachat par la société ? (Avantages et Risques)
Ce montage est un outil de restructuration patrimoniale puissant, souvent utilisé pour débloquer des situations complexes.
Les avantages stratégiques :
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Préservation de l’épargne personnelle : Les associés restants n’ont pas besoin de s’endetter personnellement ou de sortir du cash pour racheter leur partenaire. C’est la société qui paye.
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Sortie de crise rapide : En cas de mésentente ou de conflit d’associés, c’est souvent le levier le plus efficace pour faire sortir un minoritaire bloquant, à condition que la trésorerie le permette.
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Optimisation de l’actionnariat : Permet de réorganiser le contrôle de l’entreprise sans faire entrer un tiers extérieur inconnu au capital.
Les points de vigilance et risques :
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Santé financière de la SARL : Le rachat ne doit jamais mettre en péril l’exploitation. Vider la trésorerie pour payer un associé peut conduire à la cessation de paiement.
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Risque pénal (Abus de biens sociaux) : Si le prix de rachat est surévalué par rapport à la valeur réelle de l’entreprise, l’opération peut être requalifiée en abus de biens sociaux. La validation de la valeur des parts par un expert-comptable ou un commissaire aux apports est indispensable pour sécuriser la transaction.
Checklist de validation avant de se lancer
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[ ] La société dispose-t-elle de réserves distribuables ou d’une trésorerie suffisante sans compromettre son BFR ?
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[ ] Les statuts actuels autorisent-ils ce type d’opération ?
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[ ] Avez-vous obtenu une valorisation écrite et argumentée de la part de votre expert-comptable ?
